Empreintes Digitales Latentes

 Prof. Dr. Lhoëst G.J.J.

UCL and National School of Research for Investigations

1. Introduction

De nombreux problèmes d'identifications passent souvent par des études de traces qui constituent une partie importante de la criminalistique.  Le contact d'un animal ou d'une personne avec un support laisse une trace ou un signe apparent exploitable dans l'intérêt  de l'enquête. Le problème central de l'enquête judiciare est la reconnaisance de l'identité d'un malfaiteur ou d'une victime.  Si l'identification de la personne est importante, l'identification d'objets pouvant conduire à une identification de la personne l'est tout autant.  L'identification d'un pistolet ou d'un revolver peut conduire au propriétaire de l'objet, l'identification de l'écriture peut conduire à son auteur.  En ce qui concerne l'identification de l'individu, la dactylosccopie joue un rôle important.

2.  La Dactyloscopie  (dactylos-doigt et skopein-examiner)

2.1 Historique

Les empreintes digitales ont été utilisées depuis l'antiquité comme décorations depuis au moins 13 siècles par les chinois à des fins de signature personnelle.  Elles ont été retrouvées sur des documents chinois et plus tard japonais à partir du 7ème siècle.  En Europe, la structure de la peau au point de vue de son anatomie a été étudiée par Malpighi Marcello (Italie 1628-1684) et classifiée anatomiquement par Purkinje (Tschèque  1823).  Plus tard l'anthropologue le Dr. Francis Galton (1822-1911) chargé d'une étude sur la question publia en 1892 un ouvrage intitulé Finger Prints et arriva aux conclusions suivantes:

a) les empreintes digitales restent inchangées pendant toute la vie

b) il en existe une gande variété

c) la chance de similitude est de 1 sur 64 milliards.

En 1894, en Angleterre, une commission d'étude décida que cette méthode devait être introduite. L'étape suivante dans le domaine fut la créatioin d'un système de classification capable de recevoir des fichiers d'empreintes répondant à des séquences logiques qui puissent être retrouvées.    En 1891, une deuxième méthode a été développée par un argentin, le Dr. Juan Vucetich, pour classer des empreintes digitales.  Sa méthode fut appliquée partout, en Amérique du Nord, en Espagne et dans quelques autres pays européens.  En 1897,une autre classification fut proposée par un anglais  Sir Edward Henry inspecteur de police auprès de la Police Métropolitaine de Londre  Ce fut ce dernier qui le premier utilisa une méthode applicable de classification des empreintes digitales (1899-Classification and Use of Fingerprints). Après 1900, cette méthode fut généralisée, il existait toujours des variations dans la formulation mais toujours une formule principale et des sous-classifications étaient utilisées.  Au plus les systèmes se compliquaient au plus les sous-classifications ont été poussées plus loin. 

En Belgique en 1900 une collection privée fut réalisée par le Dr. Stockis à Liège et par le Dr. Delaveley à Bruxelles.  En 1907 fut fondé à titre d'essai un service à la prison de St Gille et finalement en 1911 le service d'identification judiciare fut définitivement introduit par Borgerhoff.

2.2  Structure de la peau et objet de la dactyloscopie

Couche superficielle de la peau, l'épiderme est constamment renouvelé par éliminination de cellules mortes en surface et la prolifération de nouvelles cellules dans une couche plus profonde appelée la couche basale de l'épiderme dont les cellules ont la capacité de se diviser en permanence.  La multiplication de ces cellules dites cubiformes repousse les cellules plus anciennes vers l'extérieur.  Plusieurs étapes peuvent être distinguées lorsque les cellules se rapprochent de la surface.  Dans la couche spineuse les cellules changent de forme, elles deviennent polygonales et adhèrent les unes aux autres. 

  Dans la couche granuleuse, les cellules s'aplatissent, se déhydratent et se chargent de kératine , une protéine protectrice et imperméable. 

Dans la couche cornée les cellules entièrement chargées de kératine meurent et se détachent de la peau, phénomène appelé desquamation. Le parcours d'une cellule de la couche basale à la couche cornée dure environ un mois.  Il peut être observé sur la figure ci-contre que au fur et  à mesure que l'on se dirige vers le milieu extérieur les cellules deviennent plus plates, contiennent de moins en moins d'eau et progressivement de plus en plus de kératine.  Ces cellules forment une couche imperméable cornée qui est fragile et cette dernière casserait facilement si des composés oléagineux n'étaient pas fournis à la peau afin de garder sa souplesse et la rendre imperméable à l'eau. 

 

 

 

 

  On y trouve également des glandes sudoripares qui jouent un rôle important dans le maintient à température constante du corps humain.  Lorsque la température du corps humain doit être diminuée, les glandes sudoripares secrètent une solution aqueuse qui pour s'évaporer à besoin de calories qui sont fournies par notre corps.  Ceci à pour résultat de refroidir notre organisme. 

Une grande partie de la peau est plus ou moins couverte de poils.  L'intérieur des mains y compris les bouts des doigts et l'assise plantaire sont non couverts de poils.  Ces poarties non-couvertes de poils présentent des crêtes papillaiures aux dessins caractéristiques qui donnent une raison d'existence à la dactyloscopie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2.3 Les fondements de la dactyloscopie comme méthode d'identification

L'acceptation par les cours de justice des évidences physiques constituées par les empreintes digitales l'ont été sur le fait que deux individus ne peuvent pas avoir des empreintes digitales identiques. Ceci est vrai si on se réfère aux calculs statistique de Galton prédisant qu'il faudrait examiner 64 billions d'empreintes (64.1012) afin de pouvoir contester cette affirmation.  Ces chiffres ont été contestés par des mathématiciens qui ont utilisé d'autres modèles afin d'arriver à de meilleures approximations.  Que ce soit un modèle mathématique ou un autre, les conclusions ont toujours été les mêmes, la probabilité d'existence de deux empreintes identiques dans la population mondiale est extrêmement faible.  Il est important de mentionner que en plus des calculs de probabbilité théorique, ce fait est vérifié par les empreintes digitales de million d'individu qui ont leurs empreintes classifiées depuis les 120 dernières années et sans qu'aucunes n'aient été trouvées identiques.  Le FBI a environ 75 millions d'empreintes digitales dans sa base de données et deux empreintes digitales identiques n'ont pas encore été trouvées.

Sur cette base ont peut donc raisonnablement affirmer que:

a)  Une empreinte digitale donnée ne peut jamais être retrouvée sur deux personnes différentes.  L'expérience nous a appris que dans toute la classification en Belgique ou bien encore dans l'état de New York rien de semblable n'est encore arrivé.  On s'est demandé s'il ne pouvait pas exister des empreintes digitales identiques pour des jumeaux.  Il est apparu que les figures formées par les crêtes papillaires pouvaient se ressembler fortement mais les détails différaient hautement. C'est donc certainement le cas pour les empreintes digitales de parents et d'enfants ou de frères et de soeurs.

b) Les empreintes digitales restent inchangées depuis la naissance jusqu'à un âge très avancé.  Acec la croissance d'un enfant l'ensemble des crêtes papillaires se développent mais la relation réciproque entre les crêtes papillaires restent les mêmes.  Eventuellement des brûlures profondes affectant le derme l'altère d'une façon définitive et à ce moment le tissu cicatriciel ne présente plus aucunes crêtes papillaires.  Bien souvent ces altérations n'affectent pas toute la surface de la pulpe digitale et les régioins préservées de l'attaque montrent encore assez de particularités pour être encore identifiables.  Les plaies légères affectant l'épiderme n'ont aucune action durable et l'épiderme se régénère.

2.4 L'importance des empreintes de doigts dans le domaine de la Police Scientifique

Il est bien évident que la dactyloscopie représente une aide idéale pour l'identification de l'individu.  La dactyloscopie permet dans le domaine de la police scientifique

a) de démasquer un récidiviste qui cache sa vrai identité sous un d'emprunt

b) d'identifier le cadavre d'un inconnu qui auparavant avait déjà eu maille à partir avec la justice

c) d'identifier un malfaiteur par les empreintes qu'il a laissé derrière lui sur le lieu du méfait.

D'une manière générale il est possible de faire la distinction entre

2.3.1  L'identification directe

 Ce type d'identification suppose que l'on a déjà une série d'empreintes de doigts associées à l'identité sociale de l'individu et qui sont classifiées d'une manière utilisable. 

2.3.2  L' identification indirecte

Elle concerne l'identification d'un malfaiteur sur les lieux mêmes ou le méfait a été commis par la présence d'empreintes digitales latentes qui sont comparées à celles d'un suspect.

3. L'identification directe

L'identification directe est surtout importante pour l'identification des récidivistes et le travail est schématiquement réalisé de la façon suivante:

a) Les empreintes de doigts de toutes les personnes qui ont encouru une condamnation sont relevées systématiquement et une collection d'empreintes digitales est ainsi constituée.  Pour chaque nouvelle arrestation, les empreinres de doigts sont comparées à celles qui se trouvent dans la collection.  Si des empreintes digitales identiques sont trouvées , un récidiviste a donc été identifié.

b) Cette façon de procéder n'est possible que si les collections d'empreintes de doigts sont classifiées dans un ordre bien déterminé afind'éviter la trop grande manipulation d'un grand nombre d'empreintes classées dans une base de données ou sous la forme de fiches.

Les principes de base de la classification malgré certaines différences existant dans les systèmes de classification sont tous basés sur les élements suivants:

a) La reconnaissance des formes fondamentales

b) L'énumération des lignes (ridge counting)

c) Le repérage des lignes (ridge tracing)

3.1 La reconnaissance des formes fondamentales

En Belgique quatre formes de base sont distinguées dans une empreinte digitale, l'arc, les boucles à gauche, les boucles à droite et les verticilles déterminant la composition de la formule de base ou formule principale.  Le code suivant est appliqué:

          Arc                             1

          Boucle à gauche        2 

          Boucle à droite         3

            Verticilles                 4

60 à 65 % de la population ont des boucles, 30 à 35 % de la population ont des verticiulles et seulement 5 % de la population présentent des arcs.  Ces trois classes arcs, boucles et verticilles forment la base de la classification à dix doigts.

L'empreinte digitale se divise en trois zones comme suit:

1.  La région centrale ou nucléaire

Elle est de beaucoup la plus importante pour une identification en raison du fait qu'elle présente des formes de crêtes papillaires qui peuvent être rattachées à un type bien défini.

2.  La région basale

Elle s'étend entre la région centrale et le pli de flexion du doigt.  Les crêtes sont sensiblement parallèles au pli de flexion du doigt.

3.  La région marginale ou périphérique

C'est la région où les crêtes se développent pour former une sorte de U renversé suivant un tracé parallèle au contour de la phalangette.  Une subdivision est parfois opérée entre zone marginale propement dite correspondant au bord des doigts et zone distale correspondant à leurs extrémités. 

Le raccordement de ces trois types de crêtes donne naissance à une figure le delta composée de trois lignes souvent asymétriques dessinant un triangle (le delta blanc) ou une étoile à trois branches (le delta noir).

 Points caractéristiques des crêtes papillaires

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 3.2   Les familles de dessins centraux

     Dans la zone nucléaire, les crêtes peuvent présentés des dessins variés mais qui peuvent être rattachés à des types bien déterminés permettant de classer chaque empreinte dans un groupe ou dans un autre.

3.2.1  Les arcs (Boog, arch, Bogen)

Arc plein à gauche

 Arc en tente ou en cimier à droite 

 Pour les arcs, les crêtes dessinent sensiblement une parabole au sommet dirigé vers la zone distale.  Si la figure reproduit un tracé très évasé, l'arc est simple, si au contraire la figure possède une ligne centrale s'élevant à la verticale, l'arc est dit en tente ou en cimier ( tentboog, tented arches, tannenhartige Bogen).  Le premier type de dessin ne comporte aucun delta , il est dit adelte.  L'arc en tente présente un delta au pied de la crête centrale.

 

 

 

 

3.2.2  Boucle à gauche et à droite

Au-dessus des dernières lignes basales se présentent des lignes qui partent de droite et qui reviennent à droite , le tracé est ouvert à droite et le delta est à gauche. On parle dans ce cas d'une boucle à droite.

Une boucle a toujours un delta

Une empreinte digitale ne peut être considérée comme boucle que si une ligne au moins se présente en forme de boucle et présente un delta.

 

 

Il existe diverses variantes de boucles , certaines sont formées de deux groupes de boucles superposées dans le même sens.  Ces figures possèdent deux deltas, elles sont qualifiées de bideltes.

Des boucles doubles comme ci-contre se déroulent dans des sens opposés et sont également bideltes.

 

 

 

 

 

3.2.3  Les Verticilles (Kring of Wervel, whorl, Wirbel)

Pour les verticilles ou volutes simples, les crêtes dessinent une série de cercles ou d'ellipses concentriques.

Des spirales qui s'enroulent qui s'enroulent dans le sens des aiguuilles d'une montre ou dans le sens inverse des aiguilles d'une montre peuvent être observées. Ces figures sont également bideltes. 

Au coeur de ces famille de dessins centraux il y a de nombreuses variations qui sont d'importance pour la comparaison de deux empreintes digitales et également pour la classification monodactylaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

3.2.4  Comptage des lignes (ridge counting)

Dans ce cas deux notions doivent être définies

a)  Le point delta

Le point delta est par convention un point choisi se trouvant dans la région du delta où le comptage desb lignes finira.  Un delta peut être formé par embranchement d'une ligne papillaire unique et dans ce cas le point d'embranchement lui-même est le point delta.  S'il y a plusieurs points d'embranchements semblables, alors le point d'embranchement qui se trouve le plus près du centre des formes fondamentales est choisi comme delta.  D'une manière générale c'est le point de divergene se trouvant le plus près du centre qui est pris comme delta.

b) Les points centraux ou centre d'une boucle ou d'un verticille

Le point central est le centre de l'image papillaire

1.  Centre d'une boucle

Le centre d'une boucle peut être constitué:d'une série de lignes non reliées à savoir par

a)  Une ligne :  dans ce cas c'est le point supérieur de la ligne qui est le point central

b)  d'un nombre impair de lignes :  dans ce cas c'est le point supérieur de la ligne du milieu qui est le point central

c) de deux lignes: dans ce cas c'est le point supérieur de la ligne qui est le plus éloigné du delta qui est pris comme point central.

d) d'une boucle seule:  elle peut être considérée comme formée par deux lignes et dans ce cas c'est le point de courbure le plus éloigné du delta qui est pris comme point central.

2. Centre d'un verticille

Le point central d'un verticille est soit le milieu du cercle intérieur soit la fin de la spirale


Le comptage des lignes est effectué pour les boucles et les verticilles entre deux points notables du du dessin. Une ligne idéale est tracée qui est la ligne delta-centrale ou ligne de Galton et les crêtes qui sont coupées sont décomptées.  Les centres et les points deltas ne sont pas comptés.

 

Les règles quivantes sont prises en considération pour les verticilles:

- pour la main gauche , on compte vers le 1er delta côté droit

- pour la main droite, on compte vers le 1er delta côté gauche

Le comptage des lignes peut se faire avec une loupe agrandissante sur laquelle un point central et une ligne se trouve imprimée.  On pose la loupe sur l'empreinte digitale de telle façon que le point central de la loupe coincide avec le point central d'une boucle ou d'un verticille et avec la ligne dirigée vers le point delta.

3.2.5  Tracé des lignes (ridge tracing)

Ceci se fait seulement pour les verticilles.   Les verticilles possèdent toujours un delta gauche et un delta droit;  D'après la position d'un delta par rapport à l'autre, les vertticilles sont classifiés en trois catégories.

Il est procédé comme suit:

On commence par suivre la ligne inférieue du delta gauche jusqu'à ce que l'on parvienne à la hauteur du delta droit.  Si la ligne se subdivise, la ligne inférieure à la subdivision est suivie.  Si une cassure est observée, on suit la ligne immédiatement en dessous.

Trois possibilités ^peuvent se présenter: